figarofr: Lavion de transport militaire polyvalent conçu par Airbus Militarya été commandé à 174 exemplaires par 8 pays. © BERTRAND GUAY/AFP L'avion de transport militaire polyvalent conçu par Airbus Militarya été commandé à 174 exemplaires par 8 pays.

L'histoire de l'A400M n'en finit pas de se compliquer. Le crash de l'avion militaire en Espagne ce samedi lors d'un essai intervient à un moment «critique» pour Airbus et les États clients du programme militaire. Le programme A400M a déjà cumulé beaucoup de retards et de problèmes techniques, financiers et politiques depuis qu'il a été signé en 2003. Le tout premier A400M n'a été mis en service qu'en 2013, avec quatre ans de retard, et le coût du programme atteint désormais près de 28 milliards d'euros. Soit 8 milliards de plus qu'initialement prévu.

L'avion de transport militaire polyvalent conçu par Airbus Military a été commandé à 174 exemplaires (au lieu de 180 initialement) par les sept pays qui ont lancé le programme (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Luxembourg et Belgique) plus la Malaisie. L'Afrique du Sud a annulé sa commande et le Chili n'a pas renouvelé sa lettre d'intention initiale. Équipé de quatre turbopropulseurs, l'A400M peut transporter jusqu'à 37 tonnes sur 3300 kilomètres, puis se poser sur des terrains non préparés comme le sable, avec à son bord des blindés ou des hélicoptères. Il est donc seul sur le marché entre deux appareils américains à long rayon d'action, le C-130 Hercules, d'une capacité de 20 tonnes, et le C-17 Globemaster (76 tonnes), qui ne peut se poser que sur de grands aéroports.

Airbus Military a été réorganisé en début d'année 

Depuis plusieurs mois, le mastodonte aux hélices de plus de cinq mètres traverse une nouvelle zone difficile. Les retards s'accumulent encore et les clients s'impatientent. L'inquiétude est montée d'un cran mi-janvier quand les responsables d'Airbus DS ont annoncé un «recalage du calendrier de livraisons, probablement fin février». À ce jour, aucune précision n'a été donnée sur un nouveau calendrier de livraisons.

Tom Enders, le PDG d'Airbus Group, a ainsi dû s'excuser en janvier dernier, auprès de la Royal Air Force (RAF) après les retards de livraison accumulés par le programme. «Nous n'avons pas exécuté le travail comme nous l'aurions souhaité et je dois m'en excuser», avait-il admis devant un aréopage de responsables politiques et militaires britanniques.

Des excuses qui ont été suivies, dès le lendemain, d'un changement d'organisation dans les activités militaires d'Airbus. Fernando Alonzo, senior vice-président en charge des essais en vol du constructeur depuis 2007, a remplacé Domingo Urena à la direction du pôle d'avions militaires. Parallèlement, «un comité de surveillance» pour l'A400M a été créé et placé sous la responsabilité de Bernhard Gerwert, patron d'Airbus Defence & Space (DS). «Étant donné la situation critique du programme, ce comité assurera un lien rapproché avec nos clients clefs», avait alors expliqué Tom Enders dans une lettre adressée aux salariés. Puis le 1er avril, un nouveau patron du programme A400M a été nommé: Kurt Rossner.

Mécontentements en Allemagne et en Turquie 

L'Allemagne, qui a commandé 53 appareils (et qui n'en a reçu qu'un seul à la fin 2014), redoute de nouveaux retards de livraison des cinq appareils promis pour 2015. Après avoir essuyé de vives critiques de la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, Berlin a décidé en février de bloquer un versement de 500 millions d'euros à Airbus. L'Allemagne n'est pas satisfaite de son premier A400M reçu fin 2014: après inspection, il cumule «875 défauts», dont des gaines isolantes manquantes sur certains câbles électriques.

En février dernier, le ton est aussi monté avec la Turquie qui devait prendre livraison de son premier A400M en décembre dernier. Or l'appareil est resté à Séville, le centre de livraison d'Airbus Military, dans un hangar du site espagnol. Une situation que Tom Enders, le patron d'Airbus, a qualifié de «marchangade» et qu'il a jugée «inacceptable». La délégation turque (officiels du ministère de la Défense turc, de l'armée de l'air, des techniciens et des pilotes) qui s'était rendue à Séville pour inspecter l'appareil avait pourtant estimé qu'il n'y «avait pas de problème avec l'appareil», selon le constructeur.

Jean-Marc Nasr, le directeur général d'Airbus Defence and Space pour la France, avait dit lors des vœux du groupe à la presse que l'année 2015 allait «être l'année de montée en puissance de l'A400M». Airbus compte sur les capacités de l'A400M à s'exporter à un moment où les pays remplacent leurs avions militaires et montent en gamme. Le crash de Séville devrait néanmoins porter un nouveau et sérieux coup dur au programme européen.